Après avoir lu King Kong Théorie, Mordre au Travers ou encore Bye Bye Blondie je me suis attaquée au second roman de l’autrice-réalisatrice Virginie Despentes que j’apprécie énormément. Autrice controversée au style cru et provoquant, elle ne mâche jamais ses mots et n’épargne pas le lecteur. Pour ce roman direction la ville de Lyon, dans les années 90, au sein des peep-show où meurtres et relations toxiques sont monnaies courantes.

Virginie Despentes, Les Chiennes Savantes

On va donc suivre le personnage de Louise qui travaille dans un peep-show à Lyon. Un jour, deux filles qui travaillent avec elle sont retrouvées mortes assassinées de façon barbare tandis qu’un dénommé Victor est recherché par plusieurs personnes pour de mystérieuses raisons. Entre sa vie avec son frère, la tournée des bars et ce boulot à l’Endo qu’elle aime, on suit l’espace d’un instant sa vie.

La cabine n° 1 avait quelque chose du confessionnal, version luciférienne. Granules épais rouge sombre le long des murs, comme repeints d'un vomi de viande saignante. C'était une pièce étroite et haute de plafond, séparée en son milieu par un gros grillage noir. Le client était assis en contrebas...

Si j’ai apprécié cette lecture ce ne sera pas mon roman préféré de Virginie Despentes pour la raison première qu’il est très difficile de s’attacher au personnage principal, Louise. Sans être antipathique elle ne semble pas réellement touchée par ce qui se passe autour d’elle, elle est assez froide, elle a l’habitude de la violence liée au milieu de son travail. Elle fait des choix pas toujours évidents, pas forcément rationnels, que nous ne ferions pas, ou que nous pensons ne pas faire. Mais c’est là le talent de Virginie Despentes, proposer des personnages authentiques, qu’on ne comprend pas forcément car ils sont mus par des désirs et des logiques qui leurs sont propres comme de vrais personnes du monde réel. Nous aussi dans la vie de tous les jours on fait des choix que les autres ne comprennent pas ou qui sont illogiques. Ce que j’aime par-dessus tout avec cette autrice c’est qu’à aucun moment elle ne va juger ses personnages, les montrer du doigt ou nous faire la morale. Elle pose simplement une histoire, un contexte et des actes souvent sombres, trash, décadents, violents, mais pas de leçon de morale. La question n’est pas de savoir si on aime une histoire qui va montrer de la violence ou de la sexualité dans un style cru, voire vulgaire mais si on veut se confronter à des personnages réalistes, à la justesse de leurs sentiments, leurs désillusions mais aussi leurs joies et leurs plaisirs. Louise aime son travail, et ça ne plaira pas aux bien-pensants. Elle fait aussi des conneries et tombe dans des relations toxiques qu’il sera difficile de lire.

Tu sais ce qu'on est ? Des tapins, des putains, du trou à paillettes, de la viande à foutre... Et tu vois comment on va finir par crever ? Tu les sens pas rôder ? On les a toute la journée, derrière ces foutues vitres, qui rôdent, avec leurs sales yeux, à nous mater comme des porcs… […] T'as vécu comme une chienne, tu vas mourir comme une chienne, on va t'ôter la peau au couteau, pour qu'ils reluquent ce qu'il y a en dessous...

Si ce roman est le deuxième livre de l’autrice, son style percutant est déjà bien là. Cette façon d’écrire, les descriptions des scènes de la vie quotidienne, les détails sordides, les laissés pour comptes, la simplicité de la plume, l’absence d’ornements, fait là encore penser au mouvement du réalisme sale des années 80 avec en écrivain phare Charles Bukowski que j’apprécie tant. Un mouvement qui se prête bien aux thèmes de prédilection de Virginie Despentes et qui convient d’autant plus qu’ici on se retrouve dans un polar sombre où on va plus ou moins suivre l’enquête des meurtres des deux jeunes femmes. Et être tout à fait surpris pour la révélation de fin. Policier, tranche de vie, histoire tordue, personnages paumés et manipulateurs, l’autrice nous embarque par les tripes pour une virée dans le monde de la nuit, sans rien nous cacher, sans rien nous épargner, que cela vous plaise ou non.

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Commentaires (1)

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  1. Je n’ai jamais lu de romans de cette autrice, mais ta chronique me donne vraiment envie de m’y mettre ! Merci pour la découverte :D