Stephen King, avec ses romans horrifiques aux personnages réalistes est un de mes auteurs favoris, et bien que j’ai lu bon nombre de ces écrits, je ne m’étais jamais penchée sur ses œuvres plus orientées jeunesse et axées fantasy, dont notamment Les Yeux du Dragon qui date tout de même de 1987. S’il s’est mis à la rédaction de ce roman, c’est avant tout pour sa fille Naomi qui se désintéressait complètement des monstres et de l’horreur. On a donc ici un récit de fantasy jeunesse mais assez sombre qui prend la forme d’un conte, de quoi nous intriguer fortement, en plus de cette magnifique réédition illustrée parue chez Flammarion en 2016.

Stephen King, Les Yeux du Dragon

Ce récit qui nous est narré par l’auteur lui-même, fonctionne comme un conte dans lequel on va suivre une histoire de complot au sein de la royauté du royaume de Delain. Le roi Roland, autrefois aimé de son peuple se fait alors brutalement assassiner, empoisonné par Flagg, le sorcier du royaume, un homme sombre qui depuis des siècles sème le chaos et le désespoir dans la région sans que quiconque ne le sache. Accusé à tort du meurtre de son père le prince Peter est jeté en prison tandis que son jeune frère, le taciturne et manipulable Thomas, accède au trône, comme l’avait prévu Flagg. Peter tentera alors le tout pour le tout pour s’évader et rétablir la vérité.

Ce fut une bonne lecture, très agréable mais assez différente de ce à quoi je m’attendais. Au vu du genre du roman, de la tranche d’âge du publié visé, de sa couverture et de son titre on était en droit de s’attendre à un récit de fantasy classique, mêlant complot politique, créatures imaginaires et aventures. Au final il s’agit d’un conte avec des chapitres très courts, fluides et qui contient effectivement une bonne part de complot, de trahison et de manipulation dans un royaume d’un temps reculé mais qui ne comporte aucun dragons, ni aventures palpitantes. L’histoire que nous propose Stephen King, bien que classique est assez sombre et se concentre uniquement sur les jeux de pouvoir au sein du royaume, avec un nombre de personnages réduit, ce qui facilite la compréhension pour les plus jeunes. Nos personnages ont des destins parfois tragiques, l’injustice règne et la cruauté de Flagg est manifeste. Si ce récit est différent des écrits de Stephen King on en retrouve tout de même sa patte, avec des passages osés, comme lorsque le conteur nous parle des problèmes sexuels du roi, son style précis et des personnages fouillés et intéressants sans oublier une petite touche d’humour bienvenue. Des thèmes importants seront abordés à travers le roman comme la jalousie, la vérité, le pouvoir ou encore la famille et cela en fait un conte réussi.

Bien que le côté sombre de l’histoire soit plaisant, il faut du temps pour se plonger dans le roman. L’action est plutôt lente et se passe sur plusieurs années, avec quelques fois des sauts dans le passé pour en comprendre plus sur les personnages. Une fois rentré dans l’histoire on se prend au jeu mais on trouve tout de même le roman un peu longuet et on se rend compte qu’il ne s’y passe pas énormément de choses. On n’y retrouve pas beaucoup de péripéties, hormis une fin un peu loufoque et farfelue et quasiment pas de magie malgré la présence du sorcier Flagg. Malgré tout, on se laisse porter par ce conteur qui nous prend à parti et on s’attache aux personnages, qui ont chacun leur côté sombre.

L'un des grands avantages des contes, c'est que le temps passe très vite quand il n'est marqué par aucun évènement notable. La vie, elle, n'est jamais comme ça, et c'est probablement une bonne chose. Le temps passe plus vite dans l'histoire, mais qu'est-ce que l'histoire, sinon une sorte de conte grandiose où les siècles remplacent les années ?

Un point qui est intéressant lorsqu’on est fan des écrits de Stephen King et pour lequel je recommande la lecture de ce livre, est la présence de Flagg, le sorcier cruel prêt à tout pour plonger le royaume dans le chaos. Car il s’agit d’un personnage récurrent des écrits de l’auteur. Grand méchant du roman Le Fléau, Randall Flagg est également présent dans son cycle de La Tour Sombre et dans possiblement trois autres de ces écrits. C’est un personnage qui est le mal incarné et qui a ainsi suscité bon nombre de réflexions et d’analyses de la part de critiques littéraires ou universitaire est qui est pour le moins fascinant.

Nicolas Duffaut - Les Yeux du Dragon (Flammarion)
Illustration de Nicolas Duffaut

Point de dragon dans ce conte jeunesse mais néanmoins sombre de Stephen King qui s’essaie à la fantasy avec réussite. Même si le récit souffre de quelques longueurs et de l’absence de rôles féminins, il reste une bonne découverte et peut permettre à ceux qui n’ont pas envie de lire de l’horreur de faire un premier pas dans l’univers de Stephen King. Je recommande tout particulièrement l’édition de chez Flammarion qui possède des illustrations en noir et blanc du dessinateur Nicolas Duffaut qui a su donner corps à l’histoire et aux personnages de ce conte avec un graphisme original, sombre et texturé qui donne un réel cachet à l’objet livre.

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Commentaires (1)

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  1. C’est assez différent que ce qu’écrit Stephen King d’habitude, c’est pourquoi ce livre me fait particulièrement envie. Ces histoires de trahisons et de complot me font encore plus envie maintenant que j’ai lu ton avis !