Ce livre qui a reçu de nombreuses récompenses, notamment celui du grand prix de littérature policière devait bien être dans ma bibliothèque depuis plus d’une quinzaine d’années. Et bien qu’il m’ait toujours intriguée avec son histoire de meurtres en série barbares à New-York à la fin du 19ème siècle, je n’ai jamais pris le temps de le lire. Ainsi, lorsque la série The Alienist a été diffusée en Janvier 2018, nous l’avons tout de suite adorée et j’ai enfin eu envie de commencer le roman.

Caleb Carr, L'Aliéniste

On se retrouve donc en 1896 à New York où un meurtrier sévit de façon régulière en assassinant et en mutilant sauvagement des adolescents prostitués. Aucune enquête n’est lancée et les pouvoirs publics ne s’intéressent pas aux victimes de plus en plus nombreuses, sauf Theodore Roosevelt alors tout fraichement nommé préfet. Révolté par ces crimes il va faire appel à Schuyler Moore un journaliste ami avec le docteur Laszlo Kreizler, un aliéniste spécialiste des maladies mentales, et à Sara Howard, la première femme à travailler dans la police, pour tenter de retrouver l’assassin et l’arrêter. Aucun indice n’ayant été découvert, ils vont devoir user de tous nouveaux procédés d’enquête pour parvenir à dresser le portrait psychologique du meurtrier avant que celui-ci ne frappe à nouveau.

Si nous avons adoré la série j’ai tout autant été fascinée par le livre de Caleb Carr qui signe ici un roman prenant, incroyablement dense mais fluide, bourré de références scientifiques et historiques et assez réaliste. L’auteur, en plus de savoir concevoir un thriller passionnant et glaçant, est un féru d’Histoire et est même un historien militaire. En effet, dans le roman on retrouve bien plus d’éléments relatifs aux gangs et à la mafia qui régnaient à cette époque à New-York que dans la série, ce qui le rend encore plus intéressant.

Toute l’histoire du roman nous est racontée à travers les yeux de Moore, le journaliste, qui se remémore les évènements avec précision et minutie. Nous allons donc suivre toute l’enquête de nos trois personnages principaux qui est un véritable puzzle à assembler mais qui grâce à la plume fluide de l’auteur est aisée à suivre. Il faudra toutefois avoir le cœur bien accroché pour la description de certaines scènes de violences barbares avec un langage parfois cru. L’auteur arrive à nous plonger dans le New-York crasseux, malfamé et corrompu du 19ème siècle avec une atmosphère très lourde et sombre. J’apprécie énormément ce genre d’ambiance et c’est ici un des points fort du roman qui nous immerge complètement dans l’histoire à en oublier que le roman est si long. Car l’auteur arrive à nous tenir en haleine et à maintenir le suspense en distillant des actions et des rebondissements inattendus tout au long du livre, insufflant pas mal de rythme au récit.

Si l’atmosphère pesante du roman est une réussite, la partie enquête et psychologie des personnages n’est également pas en reste. Le docteur Laszlo Kreizler est un aliéniste, c’est-à-dire qu’il étudie des maladies mentales mais sous un jour nouveau pour l’époque. Sa définition novatrice d’un tueur psychopathe est en contradiction avec celle de ses confrères. Pour lui, le contexte est primordial, le passé du tueur et les difficultés vécues influencent ses actions et permettent de les comprendre. Cette vision des choses va l’amener à concevoir l’enquête d’une façon totalement différente de la police. Au lieu de chercher des indices matériels, il va tenter de déterminer l’identité du tueur grâce à sa façon de procéder, aux lieux choisis pour déposer les corps, aux dates et au profil des victimes. Ainsi, à chaque nouveau meurtre ils parviennent à émettre des hypothèses de plus en plus poussées sur l’âge du tueur, son passé, d’où il vient ou ses pulsions. L’enquête est donc fastidieuse et va se dérouler sur plusieurs mois, forgeant des relations intéressantes entre les personnages principaux.

Kreizler, pour sa part, pensait que les sujets psychopathes le devenaient à la suite d’une enfance ou d’expériences particulièrement difficiles mais qu’ils n’étaient pas affectés par une pathologie au sens strict.

Si le docteur Kreizler est le personnage qui va amener tous les nouveaux concepts de psychologie et permettre à l’enquête d’avancer, les autres personnages ont également tous leur importance. Une véritable équipe est montée où chacun a ses particularités et va apporter quelque chose à l’enquête. Car en plus de Sara et de Moore, Kreizler va s’appuyer sur deux autres jeunes consultants qui eux aussi utilisent de nouvelles méthodes d’investigation et d’expertises médico-légales comme par exemple la dactylographie, qui est l’étude des empreintes et n’est pas encore reconnue à cette époque ou encore la graphologie, l’étude de l’écriture. Il s’agira de découvrir ces méthodes qui n’en sont pour certaines qu’à leurs balbutiements.

À partir de maintenant, nous devions nous efforcer de nous défaire de toute idée préconçue sur le comportement humain, de voir le monde non avec nos propres yeux, ni à l’aune de nos propres valeurs, mais à travers ceux du meurtrier.

Comme si ce roman n’était pas encore assez passionnant, l’auteur nous permet de comprendre avec aisance certains concepts de psychologie et de philosophie et de découvrir les travaux de psychologues comme William James. Enfin, de nombreux thèmes sont abordés avec réussite, comme la corruption au sein de la police mais aussi le féminisme à travers le personnage de Sara, la prostitution enfantine homosexuelle, les valeurs de la famille et celles de la société américaine. Un roman vraiment riche qui fait donc beaucoup réfléchir.

L’Aliéniste est une véritable excellente lecture qui propose une enquête haletante et intelligente. Le livre est assez dense et je recommande de prendre un certain temps pour le lire si on veut bien assimiler le déroulement de l’investigation sur la psychologie et le profilage du meurtrier tout en réfléchissant aux thèmes abordés. Ce roman est l’occasion de se divertir, d’apprendre quelques petites choses sur des concepts de psychologie et de voir les prémices du profilage moderne tout en restant abordable et compréhensible par tous. La série est également excellente et est à voir en complément ou en mise en bouche, tout comme la série Mindhunters qui traite cette fois du profilage aux USA dans les années 70. Enfin, une suite écrite en 1997 et intitulée L’Ange des Ténèbres permet de retrouver les trois personnages principaux, en particulier Sara Howard pour une nouvelle enquête se déroulant un an après les faits de L’Aliéniste et il est certain qu’il s’ajoutera à ma pile de lecture.

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