Quand on ne sait pas trop quoi lire, un bon petit policier de Mary Higgins Clark, ça passe toujours bien. Il y a quelques mois j’ai lu mon tout premier roman de l’auteure américaine avec La Nuit du Renard dont j’avais beaucoup aimé l’ambiance New-yorkaise de la fin des années 70, l’attention aux détails de l’auteure et son histoire bien ficelée simple mais efficace. J’avais vraiment été conquise par son style et c’est avec beaucoup d’attentes que j’ai entamé La Clinique du Docteur H, un policier se passant dans le milieu médical et qui fait partie de ses ouvrages les plus connus.

Mary Higgins Clark, La Clinique du Docteur H

Tout commence lorsque Katie DeMaio une adjointe au procureur, victime d’un accident, se retrouve à la clinique Westlake. Au cours de sa nuit d’observation elle va apercevoir par sa fenêtre une silhouette transportant le corps d’une femme dans un coffre de voiture. Étant sous somnifères, elle ne va pas savoir si ce qu’elle a vu était réel ou non jusqu’à ce qu’une patiente de cette clinique privée soit retrouvée morte chez elle, des suites d’un suicide. Vont très vite suivre d’autres morts douteuses en relation avec cette fameuse clinique qui permet aux femmes ayant des difficultés à avoir un bébé de pouvoir enfanter grâce à une méthode miraculeuse inventée par le docteur Highley...

Ce fut une lecture divertissante, comme pour La Nuit du Renard. Il s’agit de romans courts et le style fluide et simple de l’auteur est extrêmement plaisant à lire. Cependant ce roman m’a beaucoup moins convaincue que ma précédente lecture, voire m’a carrément déçue. Le premier problème survient dès les premières pages puisque, comme dans un épisode de notre cher Columbo, on sait qui est le coupable, qui est derrière toutes ces morts maquillées en suicides, ce qui déjà n’est pas surprenant. Or dans un épisode de Columbo savoir qui est le meurtrier n’enlève pas l’intérêt de l’enquête qui se situe plutôt dans la façon particulière qu’il a de le piéger en reliant les indices bout à bout. Ça aurait pu être le cas ici quand on connait le talent de l’auteure pour penser à tout et minutieusement orchestrer chaque détail, mais malheureusement il n’y a pas cet intérêt à suivre l’enquête. Car nos personnages sont loin d’être aussi futés que Columbo, voire carrément stupides et énervants. Leur plus gros problème c’est que bien qu’ils voient des choses louches, fassent des liens dans leur tête, ont des soupçons et réfléchissent à l’enquête, personne ne parle. Nous suivons plusieurs personnages à la fois et ceux qui participent à l’enquête sont absolument exaspérants. Même en réunion ils gardent des choses pour eux et préfèrent voir par eux-mêmes et être sûrs avant d’en parler aux autres personnages. S’en suit une immense perte de temps, un patinage dans la semoule ridicule quand on sait que le coupable est vraiment loin d’avoir commis les crimes parfaits. Cela rend le livre un peu longuet et bien sûr le rend moins réaliste ou crédible.

Je suis en train de rêver, pensa-t-elle. Et au même instant, elle pressa sa main sur sa bouche pour étouffer un hurlement. Elle avait les yeux rivés sur le coffre de la voiture. Il était éclairé. À travers le rideau de neige fondue qui heurtait la vitre, Katie vit la substance blanche s'entrouvrir. Au moment où le couvercle se refermait, elle aperçut un visage - le visage d'une femme, grotesque dans l'abandon sans retenue de la mort.

En dehors de cela, la partie du thriller qui se passe dans l’hôpital et tout ce qui touche aux expérimentations sur les mères avec le traitement spécial du docteur Highley est plutôt réussie et un peu angoissante. Nous avons tous plus ou moins peur des hôpitaux et l’auteure arrive bien à jouer avec. Même si là encore, le suspense n’est pas vraiment au rendez-vous et la peur des personnages ne parvient pas jusqu’à nous. Enfin, le dernier point qui m’a freinée dans ma lecture est l’aspect daté du récit, qui a été écrit dans les 80. Toutes les explications médicales ne sont plus d’actualité et on peine à croire au remède miracle du docteur. On a un livre qui manque cruellement de réalisme, ce qui est dommage pour un roman de Mary Higgins Clark qui excelle d’habitude dans sa capacité à nous parler de la vie réelle dans ce qu’elle a de plus troublant. De la même façon, les idées véhiculées dans le roman m’ont déplues, même si encore une fois, il faut les recontextualiser dans leur époque. On dépeint des « bébés jaunes » pour parler d’origines asiatiques, on y trouve une moralisation sur l’avortement assez déplaisante et également sur le besoin de toute femme d’être mère. Sans oublier une romance sortie de nulle part. De quoi faire grincer des dents en 2018.

On a donc ici un policier qui reste divertissant à lire à condition de ne pas y regarder de trop près et de recontextualiser le récit dans les années 80. Mais même avec cela, ce ne fut pas une grande réussite pour moi. Je reste curieuse de découvrir d’autres romans de l’auteure mais je reste persuadée que si vous cherchez un policier ou un thriller angoissant se passant dans le milieu médical vous trouverez beaucoup mieux en cherchant un peu.

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