Comment, en tant que lectrice passionnée de fantasy, science-fiction et littérature de l'imaginaire en général, passer à côté d'une saga qui promet une magie capable de sortir et de faire exister des objets et des pouvoirs des livres emblématiques dans notre réalité. Il ne m'en fallait pas plus pour acheter le premier tome de Magie Ex Libris, une trilogie de Jim C. Hines publiée chez L'Atalante entre 2016 et 2018 et le dévorer en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Beaucoup de promesses dans cet univers magique et déjà tenues et remplies au bout de seulement trois pages du premier tome intitulé Le Bibliomancien.

Isaac Vainio est bibliothécaire. Mais pas n'importe quel bibliothécaire, puisqu'il fait partie de Die Zwelf Portenaere, une organisation secrète protégeant une magie puissante et dangereuse si elle venait à tomber entre de mauvaises mains. Isaac Vainio est ainsi bibliomancien, capable de puiser dans la magie des livres et d'en ressortir tout objet décrit dans ses pages dans notre réalité. Sauf qu'après avoir trop et mal utilisé la magie à la suite d'une enquête de terrain, il se retrouve à devoir cataloguer les livres potentiellement utiles ou dangereux aux Gardiens des douze portes et est contraint à ne plus utiliser sa magie. Jusqu'au jour où trois vampires prennent d'assaut sa bibliothèque et tentent de le tuer, mettant à jour une situation complexe et périlleuse à résoudre. Accompagné de Titache, son araignée-flamme, Isaac va tenter de comprendre pourquoi les vampires s'attaquent soudainement aux gardiens et si l'organisation secrète pour laquelle il travaille ne cacherait pas de noirs secrets.

L'amour de la littérature de l'imaginaire

Isaac Vainio, qui n'a plus vraiment le droit d'utiliser la magie, est donc relégué au rang de catalogueur pour l'organisation. Son travail : lire et répertorier les livres contenant des artefacts et objets utiles ou potentiellement dangereux aux Gardiens. Sa spécialité : la littérature de l'imaginaire. Science-Fiction, fantasy, fantastique, bit-lit, steampunk, tout y passe ! Jim C. Hines nous livre ainsi tout au long du livre un véritable message d'amour à cette littérature trop souvent rabaissée.

À bien des égards, la bibliomancie représente la magie du feignant. Pas de baguettes, pas de sortilèges compliqués, pas d'incantations antiques. Pas de gestes ni de runes. Rien que les mots sur la page, la conviction collective des lecteurs et l'amour du bibliomancien pour l'histoire.

Notre personnage principal puise donc dans la magie de ses livres préférés pour en sortir pistolets lasers tirés de divers space-operas, ceintures-boucliers de Dune, gâteau à rapetisser d'Alice au pays des Merveilles ou encore Titache, compagnon illégal qui a la particularité de prendre feu en présence d'un danger. Plutôt pratique puisque niveau danger, Isaac va être servi. Car dans ce premier tome, les vampires sont de sorties ! Dans ce monde, diverses races de vampires coexistent, dont certaines issues d'œuvres bien connues de la littérature bit-lit. C'est le cas avec les "Sanguinari Meyerii", aussi appelés "pailletés" et amenés dans ce monde par l'intermédiaire de la saga Twilight de Stephenie Meyer. C'est donc non sans humour que l'auteur parsème son histoire de multiples références que ce soit à des œuvres très connues ou des livres de genre plus obscurs sans oublier quelques inventions personnelles. On peut d'ailleurs retrouver toute la liste des ouvrages cités en fin de roman. Sans être citées gratuitement, ces œuvres sont aussi l'occasion pour l'auteur de poser des questionnements intéressants, notamment sur le sexisme à l'encontre des personnages féminins dans la SFFF. À travers le personnage de Lena, une dryade issue d'un livre de fantasy sexiste un peu vieillot qui se retrouve malgré elle dans le monde d'Isaac, l'auteur tente de faire passer un message féministe pertinent en plus de proposer un personnage attachant que l'on retrouvera dans les autres tomes.

Une magie originale et bien ficelée

Dès les trois premières pages du roman on est complètement envoutés et accros à cette histoire et en particulier à cette magie, si originale et qui joue surtout avec nos fantasmes de lecteurs. Qui n'a jamais rêvé de posséder la cape d'invisibilité de Harry Potter, de tenir la boussole d'or d'À la Croisée des Mondes, bref de pénétrer dans les univers magiques de nos livres préférés ? Si le concept de base de la magie du roman semble plutôt simple : on plonge sa main dans un roman et on en ressort un objet dans la vie réelle, cela amène à poser milles et une questions à propos de ses limites et de son fonctionnement. Car si cette magie est aussi spectaculaire qu'alléchante, elle a tout de même un prix, des limites et des répercutions qui peuvent être dramatiques. C'est à cela que sert ce premier tome, il introduit le système magique, notamment pendant les 100 premières pages. Et il s'avère que cette bibliomancie est véritablement bien pensée par son auteur, puisqu'il explique en détail ses règles, comment elle fonctionne, ses limites, comment elle a été créée sans toutefois nous perdre ou nous ennuyer puisque ces révélations sont dispatchées au sein de l'action et des péripéties. On regrettera simplement un petit côté trop scolaire pour nous faire parvenir ces informations, mais elles sont trop précieuses et intéressantes pour qu'on en tienne rigueur à l'auteur.

La bibliomancie fonctionne parce que nous savons créer des copies identiques d'un texte. Ce qui engendre une sorte de résonance entre exemplaires. Fondamentalement, un bibliomancien plonge simultanément dans chacun d'entre eux pour puiser dans la conviction cumulée des lecteurs.

Les amoureux de la littérature de fantasy et de science-fiction seront ravis du traitement de ces genres littéraires et seront conquis par la bibliomancie, magie puissante, qui fait rêver mais qui contient tout de même une part de vérité. Nous lecteurs, en lisant des livres, nous forgeons l'imaginaire collectif, nous donnons vie aux personnages, aux créatures, nous leur donnons corps et leur permettons d'exister à travers nous et notre imagination. Un beau message d'amour de la lecture dans un ouvrage addictif qui divertit autant qu'il fait réfléchir. Jim C. Hines réussit donc en sommes à faire du neuf avec du vieux dans une sphère littéraire où il devient parfois difficile de trouver des vampires originaux, de nouvelles créatures et de nouvelles formes de magies originales. En faisant un melting pot de ses ouvrages préférés, l'auteur crée un monde prometteur dont beaucoup de questions restent encore en suspens ce qui donne une furieuse envie de lire la suite, intitulée "Lecteurs nés".

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Commentaires (2)

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    1. J’ai super hâte de lire la suite. C’est vrai que j’en avais jamais entendu parler sur booktube, alors c’est une belle découverte qui mérite à être plus connue !