Voici une bande dessinée un peu différente de ce que j’ai l’habitude de lire puisqu’il s’agit de psychologie et plus particulièrement du syndrome d’Asperger. Mais je ne regrette vraiment pas d’avoir pris ce livre car il était émouvant, puissant et très instructif. Il s’agit d’une BD écrite par Julie Dachez alias Super Pépette, elle-même autiste Asperger et chercheuse en psychologie sociale qui tente de mieux faire comprendre ce syndrome et qui possède notamment un blog. Côté illustration on retrouve Mademoiselle Caroline qui possède également un blog.

Julie Dachez, La Différence Invisible

On va suivre Marguerite 27 ans, qui ne se sent pas à sa place en société, au travail et avec les gens en général. Elle a une routine bien précise, et le moment qu’elle préfère c’est quand elle rentre chez elle pour ne plus voir personne et être avec ses chats. Elle se sent constamment agressée par le bruit et n’arrive pas à participer aux conversations banales de ses collègues autour de la machine à café. Personne ne la comprend, pour tout son entourage elle est un boulet, qui n’est pas sociable et qui ne fait pas d’efforts pour s’intégrer. Elle vit ce calvaire depuis des années, elle est fatiguée et veut comprendre ce qui ne va pas chez elle, alors après avoir consulté et passé des tests elle découvre finalement qu’elle est autiste Asperger et dès lors, sa vie va changer.

On a ici une magnifique BD qui personnellement m’a énormément parlé. Je ne souffre peut-être pas de ce syndrome mais je me suis reconnue dans beaucoup de situations de la BD. Comme par exemple la scène où Marguerite est à une soirée et où elle s’y sent mal à l’aise et reste dans son coin sans parler à personne et surtout sans aller danser comme tout le monde. Dans cette scène, Marguerite c’était moi. La timidité est un combat au quotidien et tout comme le syndrome d’Asperger rend difficile les interactions sociales et est souvent incomprise. Tisser des liens avec des personnes peut prendre des mois et chaque sortie en dehors de la maison est une source de grande fatigue émotionnelle. Mais c’est également difficile pour les autres, qui se remettent en question et se demandent quel est le problème. Lire cette BD fait donc énormément de bien, que l’on souffre du syndrome ou pas, on se rend compte que l’on n’est pas seul et que beaucoup de personne en souffre probablement. Cela permet également d’être moins dur avec soi-même, et d’arrêter de culpabiliser pour ce que nous sommes et de tout simplement s’accepter.

Je crois que nous arrivons au moment où je peux dire avec certitude que Marguerite en a marre. Marre d’être jugée en permanence. Marre d’essayer de faire comme les autres. Les autres dont elle a l’apparence, mais guère plus.

En plus de cela, c’est une BD qui est tout sauf déprimante puisque dans son sens global il s’agit de comprendre qu’on peut s’affranchir des normes de notre société, que l’on peut être ce que l’on est sans s’excuser pour cela. Ainsi tout le monde devrait la lire. L’écriture est très bonne, certains passages peuvent faire sourire, d’autres sont très touchants et cela nous aide à nous mettre à la place de Marguerite pour comprendre ce syndrome. Le syndrome Asperger est une forme d’autisme qui reste mal connu en France où l’on a 40 ans de retard. Et évidemment les gens ont énormément de préjugés dès que cela concerne l’autisme. Lorsque Marguerite annonce à ses amis qu’on l'a diagnostiquée autiste Asperger, certains vont se mettre à rire, à lui dire que c’est ridicule et qu’elle cherche toujours à s’inventer des problèmes, que c’est une excuse et qu’elle n’a qu’à être comme tout le monde et aller parler aux gens. Sauf que l’autisme n’est pas imaginaire et ce n’est pas non plus une maladie que l’on peut soigner, c’est une condition neurodéveloppementale. Mais bien qu’on ne puisse pas en guérir, la qualité de vie peut être augmentée grâce à des apprentissages par exemple ou tout simplement grâce au diagnostic qui aide beaucoup Marguerite. « Asperger est une forme d’autisme légère, sans retard de langage ni déficience intellectuelle. » Il se caractérise par des difficultés dans les interactions sociales, où les échanges sont source de fatigue. Et en même temps les Asperger peuvent apprécier le contact avec les autres en comité restreint s’il y a des personnes avec qui partager leur passion par exemple. On retrouve également une hypersensibilité, une maladresse, la présence d’une routine établie etc. Ce diagnostic est donc un soulagement pour Marguerite car elle peut arrêter de culpabiliser, elle peut faire le tri dans ses amis et rencontrer des gens qui la comprennent et ne la jugent pas. Elle peut enfin faire les choses à son rythme et arrêter de faire semblant. Elle sait pourquoi elle est comme elle est et n’a plus à s’excuser pour cela.

Autiste, oui.
Mais pour Marguerite, ça n'est pas péjoratif.
Son identité est enfin complète.
Sa fatigue constante, ses difficultés à saisir le second degré ou l'implicite, à nouer des relations, tout cela s'explique en fait parfaitement.
Quel soulagement.

Les dessins de Mademoiselle Caroline fonctionnent très bien, ils sont à la fois simples et hyper expressifs. Pas besoin de réfléchir pour voir comment se sentent nos personnages et ce qu’ils pensent ce qui rend la lecture très fluide et intuitive. De plus le travail sur la couleur permet de rajouter beaucoup de sens à l’image.

Cette lecture était vraiment passionnante et tout le monde devrait lire cette BD. Elle permet à la fois de s’informer sur l’autisme, puisqu’en plus de l’histoire de Marguerite on a des textes explicatifs sur le syndrome très faciles à comprendre et vraiment intéressants, mais elle permet aussi d’apprendre à s’accepter soi-même. Un beau message est donc ici délivré et le travail accompli par Julie Dachez est une vraie source d’inspiration.

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Commentaires (1)

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  1. Etre moins dur avec soi-même.
    Arrêter de culpabiliser pour tout.
    Simplement s’accepter.

    Tout est donc compris.
    Bravo.