Avant d'être une bande-dessinée, J'irai Cracher sur vos tombes est à la base un roman du genre polar écrit par Boris Vian et publié en 1946 sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Ce roman qui a beaucoup choqué et a été critiqué à sa sortie, et pour lequel l'auteur a été attaqué en justice, signera même son arrêt de mort puisque Boris Vian décèdera en 1959 pendant la première de l’adaptation cinématographique qu'il avait désapprouvée. Une histoire mouvementée, autour d'un roman violent qui trouve aujourd'hui son adaptation en bande-dessinée par Jean-David Morvan au scénario et mise en image par Rey Macutay, Rafael Ortiz et Scietronc. Publiées par les éditions Glénat, deux autres adaptations des polars de Boris Vian sont à découvrir par le même scénariste, Les morts ont tous la même peau sorti en Mars 2020 et Elles se rendent pas compte à paraître en Septembre 2020.

Lee Anderson, vingt-six ans, fils d'une métisse, est enragé après le meurtre de son frère noir, assassiné car il était amoureux d'une blanche. Il part dès lors une petite ville du Sud des États-Unis et planifie sa vengeance. S'intégrant aisément à la communauté blanche de la ville, il devient libraire et mène une vie de débauche en enchainant les conquêtes, jusqu'à ce que tout soit prêt pour faire volte face et conclure cette vie en bain de sang.

Un polar à l'américaine

En 1946, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, Boris Vian voulait livrer un polar noir, dans le plus pur style américain, très sombre tout en dénonçant le racisme quotidien de ce pays. La BD ne fait pas exception, on y trouve tout autant de violence, notamment sur les femmes, de scènes de débauches assez explicites, une scène de viol particulièrement abjecte et une conclusion forcément atroce pour tous les personnages. Le moins qu'on puisse dire c'est que la bande-dessinée n'est pas policée ni politiquement correcte. Elle nous plonge avec des personnages tous plus affreux les uns que les autres. Le plus horrible étant le réalisme de ceux-ci et le côté plausible de cette histoire, renforcé par le réalisme des dessins. Si le style est assez classique, il est très bien exécuté et assez fin, donnant une élégance du trait contrastant avec l'horreur de ce qui se déroule dans les cases. La composition en est même assez cinématographique dans ses points de vues et cadrages qui rendent chaque case très parlante et happante.

J'avais toutes les filles les unes après les autres, mais c'était trop simple, un peu écœurant.

Dans cette petite ville du Sud, Lee Anderson jette son dévolu sur les sœurs Asquith, deux femmes blanches racistes et issues d'un milieu aisé, qu'il parvient à séduire toutes deux pour sa vengeance. Il ne cherche pas seulement à violenter physiquement les deux femmes racistes, mais à les briser psychologiquement, à leur faire le plus de mal possible en retournant leurs convictions racistes contre elles. Il est sournois, manipulateur, beau parleur et machiavélique. En tant que spectateur/lecteur, on est dégoutés par ce personnage abject qui a pourtant l'air d'être un ange tombé du ciel, avec sa chevelure blonde, sa peau blanche et sa musculature digne d'une statue grecque. Mais il ne faut pas s'y laisser tromper, car même s'il a été victime d'atrocités et d'injustices, c'est un personnage tordu et malsain au plus haut point. Mais pas moins que tous les autres, racistes et plein de préjugés, menant une vie aisée, sans tourments.

Une violence toujours d'actualité

J'irai Cracher Sur Vos Tombes est un roman qui allait à coup sûr choquer beaucoup de monde et qui a eu de nombreuses répercussions mais qui aujourd'hui encore résonne tout particulièrement. Si son histoire se passe il y a plus de 50 ans, sa thématique et sa violence n'en restent pas moins d'actualité. Le racisme envers les personnes de couleur noire semble être toujours aussi présent et en découle une violence physique et psychologique qui reste le plus souvent impunie. Cette injustice, on la voit bien dans la bande-dessinée où on ne sait pas si les meurtriers du frère de Lee ont été jugés et condamnés, en revanche on sait ce qui arrivera à Lee s'il s'en prend aux sœurs Asquith, blanche et en plus bourgeoises. La police ne protège pas tous le monde de façon équitable, il y a 50 ans et encore aujourd'hui.

L'idée d'approcher un homme de couleur la rendait malade

À travers les conversations des personnages, on se rend compte des idées horribles et barbares des blancs de cette petite ville de Buckton envers les noirs. Pour Lou et Jean Asquith, les noirs leurs sont inférieurs, et ne sont bons qu'à être des domestiques. Alors avoir des relations sexuelles avec un noir est pour elles impensable, sale et serait à leurs yeux la pire chose et la plus grande honte. Lee va évidemment se servir de cette idée à son avantage et les abuser avec son physique atypique. Ce titre graphique, comme le roman, n'est pas à mettre entre toutes les mains tant il est violent, cru et difficile à lire.

J'irai cracher sur vos tombes (Glénat)

J'irai Cracher Sur Vos Tombes est une bonne occasion de découvrir ce titre de Boris Vian que je n'avais personnellement jamais lu. C'est un titre violent, malsain et on ressort tourmenté après sa lecture qui, malgré toutes ces années séparant son écriture de son adaptation en BD, reste plus que jamais d'actualité pour son exploration du racisme aux États-Unis. Avec cet ouvrage, Jean-David Morvan nous montre qu'il est à même de garder l'essentiel d'un roman et d'en faire une adaptation qui tient la route. À noter qu'il a déjà transposé beaucoup d'autres classiques de la littérature en BD, Ravages de René Barjavel, et d'autres Boris Vian comme L'Arrache Cœur ou encore L'Écume Des Jours. Merci à Babélio pour la découverte de ce graphique qui prend aux tripes et ne laisse pas indemne.

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